Le positif Aveta 1829


Il s’agit d’un Positif conforme au type Napolitain: les deux corps assemblés ont une hauteur 260 cm, une longueur de 130 cm et une profondeur 86 cm.

Il possède 7 jeux : Principale 8’  -  Ottava 4’  -  XVa 2’  -  XIXa 1’2/3  -  XXIIa 1’ -  Voce Umana 8’ (commence au Do#3)  -  Flauto 2’2/3 (commence au Mi2). Accessoires : tremblant et Tiratutto.

Le nom des jeux n’est pas indiqué sur le panneau de tirage. Les boutons sont disposés dans l’ordre sur deux colonnes. Le clavier d’os et ébène a 45 notes, Do1 – Do5 avec octave courte. Les marches sont courtes comme au XVIIe. Etendue standard du clavier ( Stichmass) : Do2 – Si4 = 484,.

Le Principale 8’ se compose de 14 tuyaux en noyer (jusqu’au Fa2), bouchés jusqu’au Fa#1. Le Sol1 ouvert est coudé. Suivent 19 tuyaux de façade en étain 70 % (du Fa#2 au Do4), enfin 12 tuyaux en alliage plomb + antimoine à environ 18 %, ce qui leur donne une teinte blanchâtre et augmente leur rigidité. L’Ottava 4’ comprend 39 tuyaux du même alliage et 6 de noyer, ouverts.

Les XVa, XIXa, et XXIIa ont 45 tuyaux du même alliage, sauf la XIXa dont un des tuyaux est en plomb pur. Sa couleur noire indique qu’il n’est pas d’origine. C’est le seul tuyau étranger à l’instrument. La XIXa a une reprise d’octave au Fa#4, la XXIIa en a deux, sur les Do#4 et Fa#4. C’est le système classique du Ripieno ancien, aussi bien au Nord qu’au Sud de la Péninsule.

La Voce Umana  comprend 24 tuyaux d’alliage et commence au Do#3.

La Flûte a 33 tuyaux d’alliage et commence au Mi2. Son harmonisation légère lui permet de se combiner aux principaux. Le Principale 8’ est constamment inséré jusqu’au Mi2, et l’Ottava aussi du Do1 au Fa1. Les bouches se trouvent sous le faux-sommier, qui est en bois.

Le pédalier tire les 8 premières notes du clavier au moyen de rubans (traditionnel). A l’état originel, l’instrument ne comportait pas de pédalier. L’actuel a été fabriqué par le facteur Bartolomeo Formentelli d’après un modèle ancien, de même que le siège en châtaignier qui sert de banc.

Le sommier à registres est en noyer. L’alimentation des tuyaux de façade se fait par pièce gravée intégrée au sommier. L’abrégé est en fer doux selon la tradition italienne ainsi que les vergettes, les demoiselles sont en laiton. La mécanique est suspendue. Les tuyaux sont implantés par tons jusqu’au Si3, après, chromatiquement.

Soufflerie : deux soufflets à plis actionnés par deux leviers. Les poids trouvés sur les soufflets (mais probablement pas d’origine) font ensemble 5, 770 kg. L’action manuelle a été remplacée par un ventilateur électrique Laukhuff de type Ventola enfermé dans une boîte isolante, avec son porte-vent.  La pression actuelle est de 43 mm.

Le buffet sculpté et doré est en bois tendre, tilleul ou peuplier. Sa façade présente les trois plate-faces traditionnelles, avec une fermeture à deux vantaux. Le fronton porte la délicate guirlande de fleurs peinte caractéristique de la facture d’Aveta.


Le diapason est bas, conformément à la tradition napolitaine. Mesuré à 20°,2 il est à 433 Hz (correspondant à 431,4 Hz à 18°). Le tempérament est proche du mésotonique.


Historique de l’instrument.

Le positif Aveta 1829 dont il est question a beaucoup voyagé. A l’origine, il fut construit pour un couvent napolitain dont le vendeur n’a pas révélé le nom. Il ne figure pas dans l’inventaire dressé par Stefano Romano (1979-1990), car il avait déjà quitté la cité parténopéenne. Sur les planches de fermeture à l’arrière du buffet ainsi que sur les montants latéraux figurent une cinquantaine de signatures datées, que nous avons respectées autant que possible. Selon l’usage, les chanteurs et autres musiciens marquaient leur passage, par exemple Solitri Attilio Baritono, mais aussi les facteurs ayant effectué des travaux. On relève ainsi les signatures de manufactures bien connues à Naples : d’abord celle des frères Favorito, avec leur raison sociale et leur adresse :  Gaetano Favorito, Elia Favorito, Gennaro Favorito, toutes trois datées 1912. Egalement Pietro Petillo 1919 et Vincenzo Petillo 1958. Les autres n’ont pas été identifiées. On ne sait pas qui a entretenu l’instrument, si même il l’a été après 1958, ni qui a modifié le buffet et supprimé le pupitre d’origine. On ignore aussi à quelle date le modeste organier Michele Caruso de Fisciano, village près de Salerne, a tenté, à la demande des moines, d’installer un pédalier mais n’y est pas parvenu.

Ces religieux décidèrent ultérieurement d’acheter un instrument électronique et chargèrent M. Caruso de démonter le positif, de l’emporter et de trouver un acquéreur. Comme la Belle au Bois Dormant, l’orgue passa 7 ans en caisse à Fisciano.

Entre-temps, la paroisse de Mons (83) me demanda de lui trouver un petit orgue en Italie. Je cherchais pendant deux ans. Enfin, un ami napolitain m’avisa qu’il connaissait des institutrices qui connaissaient, etc… En 1977, j’entrais en relation avec Don Michele. J’allais voir à Fisciano l’instrument remonté pour la circonstance, mais les Varois avaient perdu patience et acheté un orgue électronique sans m’avertir ! Alors, ce fut le coup de cœur, et j’acquis le positif pour mon compte pour la somme de cinq millions de Lires. Le  22 décembre 1977, l’orgue arrivait à Nice.


Les travaux de restauration commencèrent par le buffet. Contrairement à la tuyauterie, complète et presque intacte, celui-ci avait subi plusieurs modifications malheureuses : ouverture du soubassement pour essayer d’installer un pédalier, sciage des vantaux afin de pouvoir ouvrir le haut sans découvrir le clavier, changement des ferrures, planche pour raidir les parties inférieures, ablation du pupitre, etc. Après tout cela, l’extérieur du buffet fut repeint en gris foncé.

Les tentatives de grattage pour récupérer la peinture primitive ayant échoué, j’ai décidé de le faire repeindre en se rapprochant de la couleur d’origine telle qu’elle se voit sur la façade et le tableau de tirage des jeux. Le résultat obtenu par le restaurateur, Maurice Motheron, pourtant ancien élève de l’Ecole Boulle, est plus vif que l’original.

Un des angles de la corniche, endommagé, a été refait puis argenté. Le reste de la corniche n’a pas été touché, de même que les sculptures, les pilastres, la corniche inférieure. Avant ces travaux, M. Motheron avait passé une couche de xylophène et en avait injecté dans les nombreux trous de vrillettes.


Pour la partie phonique, les travaux traînèrent jusqu’en automne 1979. Le facteur Yves Cabourdin, de Carcès (Var) ayant un instrument à terminer, je fis appel sur son conseil à la Manufacture Freytag qui chargea de l’affaire ses deux collaborateurs de l’époque, MM. Tricoteaux et Aubertin. Le sommier empruntait, la peausserie des soufflets et soupapes ainsi que les feutres devaient être remplacés. Un des leviers de la soufflerie, trop attaqué par les vers, fut remplacé. Ils me fournirent le ventilateur Laukhuff, la boîte isolante et ses annexes.


En octobre 1979, M. Cabourdin pu effectuer à mon domicile le montage et la mise en oeuvre de l’instrument, muni d’un pupitre provisoire. L’harmonisation et le diapason d’origine furent respectés. L’inauguration officielle eu lieu le 12 décembre 1979 sous le patronage actif d’une…claveciniste, Madame Huguette Grémy-Chauliac, qui se déclara enchantée par la douceur et la précision de la mécanique de l’instrument.


L’emplacement choisi ne convenant pas du point de vue esthétique, je décidais en mars 1981 de le déplacer de quelques mètres dans le même local. En même temps, M. Cabourdin  réalisa certains travaux. Le sommier avait bougé sous l’influence du changement de climat. Il fut redressé, les chapes et registres rectifiés et, pour la commodité de l’entretien, on remplaça les clous forgés d’origine par des vis. Les repeaussages défectueux des soupapes et certains collages furent refaits, ainsi que le réglage de la mécanique. L’accord général terminé, l’instrument servit jusqu’à ce jour sans grands problèmes. Il tient bien l’accord et n’est même pas accordé chaque année.

Tout récemment, un pupitre définitif conforme à l’un des modèles d’époque a été refait par un ébéniste et peint en accord avec la façade.


Ce positif fut honoré de la visite et de l’appréciation de plusieurs sommités de l’orgue, parmi lesquelles : L. F. Tagliavini, Guy Bovet, Michel Chapuis, René Saorgin, Marcel Pérès, Arsène Bedoit et les experts organologues Maurizio Tarrini, Giancarlo Bertagna, Silvano Rodi.


Sa composition et son harmonisation conviennent à un édifice d’environ 300 places et permettent l’interprètation d’œuvres baroques non seulement italiennes, mais aussi allemandes, anglaises, espagnoles. Il convient parfaitement pour l’accompagnement et le continuo, comme en témoignent les signatures de musiciens du XIXe apposées au dos de l’instrument.



Michèle Bernard

Organologue à Nice qui a vendu cet instrument

Début du Montage

L’instrument en cours de Montage

L’instrument est terminé

Francis Vidil essaie l’ orgue Aveta

Montage de l’Orgue Gaetano Aveta à Magny les Hameaux

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